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 Article : origine et analyse du manga

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Symmaque
Grand Manie Tout
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Où es-tu? : Bien au delà de la ceinture de Kuiper..
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MessageSujet: Article : origine et analyse du manga   Dim 11 Fév - 20:54

On considère généralement que le manga trouve ses origines à l’époque Nara (710-794) avec l'apparition des premiers rouleaux peints : les emakimono. Ces manuscrits étaient, en fait, des peintures associées à des textes calligraphiés et dont on découvrait l’histoire au fur et à mesure que l’on déroulait le rouleau.

Le premier du genre avait été copié sur une œuvre chinoise qui marquait une séparation du texte et de l’image. Cette configuration obligeait le lecteur à découvrir l’œuvre dans son ensemble et à n’être que dans l’instant présent qui est une notion fondamentale dans le rapport au temps chez les japonais et que l’on retrouve dans le théâtre Nô.

On y décrivait des scènes de société qui pouvaient être satirique sous la forme d’animaux à la manière des fables de La Fontaine. La priorité accordée à l’image dans les emakimono japonais et le regard critique socioculturel sont des caractéristiques essentielles du manga.

Sous l’époque Edo (1600-1868), Katsushika Hokusai (1800-1868), le fondateur de l’estampe de paysages, cherchait un nom à donner aux caricatures qu’il était en train d’élaborer : formé à partir du japonais « ga » (dessin, gravure) et « man » (involontaire, divertissant) et qui se traduira le plus couramment par « dessin grotesque ».

Son intention était de montrer la vie sous tous ses angles, à la fois dans un but pédagogique pour servir aux apprentis graphistes et dans un but ludique. Aujourd’hui encore, son influence perdure, de nombreux mangas gardent cette intention.

Tout au long de son évolution, le manga se gorgera d’influences bouddhistes, shintoïstes et occidentales.

Tesuka OSAMU, grandement influencé par Walt DISNEY, y appliquera le langage cinématographique, rompant avec la tradition théâtrale où les personnages étaient dessinés en pied et au centre de l’image. Il réalisera en 1963, la première série d’animation japonaise (japanime) : « Astro le petit robot ».

Le manga redonnera une identité au Japon qui, après la seconde guerre mondiale, se voit envahir par les américains et permettra de traiter des sujets d’actualités : Le cœur d’Astro le petit robot a, à la place du cœur, un réacteur nucléaire, symbole de la menace nucléaire de la guerre froide et également d’une référence à Hiroshima et Nagasaki qui ont dévasté le pays.

Il deviendra un moyen de rendre compte de la société japonaise en pleine reconstruction avec un genre artistique qui n’appartient qu’à lui.

Nous retrouvons dans le manga cette liminarité qui se retrouve un peu partout en orient. Ce mélange de frontières entre tradition et de modernité, de spiritualité et de matérialisme, de vie et de mort.

En tant qu’initiés aux mangas (occidentaux), nous l’acceptons à cause du concept de Yin et de Yang chinois assez répandu en occident, ainsi que de son symbole qui montre bien qu’il y a complémentarité et non contradiction.

Aussi le fait que les histoires de mangas ne soient jamais vraiment définies ne nous gène pas outre mesure, il devient normal de ne pas tout saisir d’une culture bien différente de la notre et nous ne cherchons pas réellement à la comprendre, là n’est pas le but.

Mais quand on y regarde de plus près, alors tous ces codes jusque là cachés se révèlent, on les avait peut-être assimilés par habitude sans vraiment en comprendre la signification profonde ni la dimension spirituelle ou l’aspect socioculturel.

Quand on se familiarise avec certains concepts de l’esthétique japonaise on comprend mieux ce qui nous a échappé toutes ces années.
Par exemple cet art de la suggestion, et de l’irrégularité, cette prédominance du processus de transformation et de changement se retrouve dans tous les mangas, en particulier dans les chevaliers du zodiaque où l’important n’est pas le coup mais la façon dont il est exécuté et suggéré, il est d’ailleurs rare que l’on voit le coup dans sa finalité, c’est l’effet qu’il a produit qui nous est montré. Dans le shôjo (manga pour fille) la rencontre amoureuse ne cesse de durer sans se concrétiser réellement. Au niveau même des personnages, la transformation s’opère sans cesse devenant des justiciers, des combattants ou une personne de l’autre sexe (Ramna ½).

Le Shôjo qui date des années 1950 privilégie l’ambiance romantique européenne, avec ses personnages masculins efféminés qui caractérisent un Japon en rupture avec ses traditions patriarcales.

Ce qui amène à une des nombreuses questions que l’on se pose sur le physique des personnages de manga qui ont des traits franchement occidentaux. Nous pouvons y répondre par l’idée du rêve et de la réalité.

Le rêve est synonyme, pour les japonais, de l’autre, de l’étranger. Ce n’est donc pas dans un but commercial que les personnages ont de grands yeux si clairs, cette caractéristique sert à se représenter un ailleurs. Une sorte de distanciation pour empêcher l’identification de sorte
que le lecteur puisse lire sans se sentir menacé par les évènements (le rêve permet le possible sans l’apparition du danger) et de garder un œil critique sur le ton de l’œuvre et du sujet dont il traite, qui n’est jamais un simple divertissement mais qui rend compte de la société actuelle.

Dans le Shônen (manga destiné aux garçons), l’histoire prend souvent place dans un monde transitoire à la suite d’un cataclysme (« dragon ball », « Ken le survivant », « néon genesis évangélion », « Trigun », etc.) qui n’est pas sans rappeler l’histoire douloureuse et récente du
Japon ainsi que les manifestations de la nature par le biais des esprits dans le Shintoïsme.

Le succès de ces mangas apocalyptiques (post ou pré) n’est autre que le reflet de la peur de l’instabilité du sol. N’oublions pas que le Japon est une île volcanique. A cause de cette épée de Damoclès, les japonais sont conscients du caractère éphémère de chaque chose et de l’impermanent, car même la terre n’est pas ferme, il n’y a nul part où se reposer ni être en sécurité.

Cela expliquerait également, en partie, que les thèmes choisis sont souvent liés à l’environnement. Mais ce thème est aussi lié à d’autres concepts plus engagés, ainsi Hayato Myasaki parle de Princesse Mononoke en ces termes :

Citation :
« J'avais besoin de réaliser une oeuvre où l'homme commet des crimes contre la nature. On doit faire des films qui exposent les relations entre l'homme et la nature»
.

Notons d’ailleurs que cette japanimation porte en son sein les concepts shinto de Misogi ou le héros s’asperge la main d’eau après avoir touché par un esprit impur et celui de Kegare où l’impureté se transmet comme une maladie par le contact avec la mort.

Le héros, en particulier celui des Shônen (manga pour garçons), véhicule un certain nombre de valeurs et de codes dont l’apparition a eu lieu sous l’époque l’Edo.

Ce sont les Samouraïs qui incarnaient les sept vertus confucéennes associées au code du Bushido : Droiture, courage, bienveillance, politesse, sincérité, honneur, loyauté.
Ce code de vie a emprunté au Bouddhisme l'endurance stoïque, le mépris du danger et de la mort; au Shintoïsme, le culte religieux de la Patrie et de l'Empereur ; au Confucianisme, une certaine culture littéraire et artistique ainsi que la morale sociale des « relations » : parents-enfants, maître et serviteur, époux, frères, amis. Le religieux et les Samouraïs faisaient cohésion avec l’Etat, car toutes ces valeurs étaient diffusées dans la société.

Les mangas ne font pas exception, ces valeurs sont toujours mise à l’honneur et illustrées.Dans Akira, Kaneda s’évertue toujours à sauver Tetsuo, il sauve par là même, le lien fraternel et montre combien il est important car il justifie toutes les batailles.

La notion du Maître et de l’élève est également représentée, notons toutefois que dans "Fruits Basket", Kyo a été recueilli par un professeur en arts martiaux et qu’il appelle maître pour faire comme dans les films. Tohru nous éclairera sur cette relation en disant : « Il l’a donc élevé
comme un père ». Même si la relation était bien différente entre l’apprenti acteur et son maître dans le théâtre Nô, il est intéressant de constater que ces paroles évoquent le lien filial et familial où les secrets restent dans la famille et ne se transmettent qu’aux membres.

Depuis la période Edo, l’enseignement niait tout individualisme dangereux pour la communauté. Un être se définissait par son appartenance à un groupe qui obéissait à un modèle social imposé.

Nous comprendrons mieux pourquoi les héros de mangas solitaires comme Ryo Saeba (Nicky Larson en France) ont un passé où nous apprenons qu’il a appartenu à un cadre bien délimité et a été élevé dans une collectivité (Des guérilleros en Amérique Centrale). Le self made
man, n’est pas un mythe oriental, il restera le domaine du super héros américain par le truchement des comics. Le super héros oriental prend la figure de plusieurs héros associés. (Sailor Moon, Patlabor)

Les arts martiaux sont très représentés dans les mangas avec tout le parcours initiatique que cela implique (cf. : Fruits basket). Aussi la façon de bouger sera bien différente et non réaliste comme dans les mangas sportifs. Les retournés acrobatiques d’Olivier Atton et les prouesses physiques des frères Derrick ainsi que les séances intensives de leur entraînement, dans Olive et Tom, nous montre l’importance de l’effort physique. Après chaque entraînement, tous les joueurs sont à terre, complètement épuisés mais satisfaits.
Les sauts de Jeanne Hasuki dans Jeanne et Serge défient eux aussi l’apesanteur, symbole du dépassement de soi dans l’action et dans la réalisation du but à atteindre.

Les représentations graphiques dans les mangas sportifs illustrent la puissance des joueurs, le feux sacré qui les anime (Jeanne a souvent des flammes dans les yeux) par le biais de ballons déformés incandescents et qui parfois va se loger dans le mur d’en face.

Leurs expressions de visage pour signifier les émotions (tous mangas confondus) rappellent la façon dont sont construits les codes du théâtre Nô, ce sont les mêmes pour tous qui continuent de perpétrer ce « dessin grotesque ». Pour faire passer une émotion, les Mangakas (les
dessinateurs de mangas) utilisent la caricature, le stéréotype, c’est un jeu non réaliste qui a beaucoup contribué à leur succès. L’usage d’éléments extérieurs à l’histoire, et qui n’interviennent que pour souligner l’état émotionnel d’un personnage, sont également utilisés.

Les corbeaux et les libellules qui passent derrière les personnages dans City Hunter (Nicky Larson) montrent et soulignent une situation confondante, et la massue que Kaori (Laura en France) sort de derrière les fagots et qu’elle brandit quand elle est en colère contre Ryo Saeba, a fait le renom de ce manga.

Dans le Kabuki, il arrive que pendant une scène, deux personnages qui sont en train de discuter comprennent leurs sentiments mutuels grâce à un petit détail de leur conversation.L’action s’interrompt alors et les acteurs restent figés. Puis, coté cour, on entend résonner un claquoir en bois et les deux personnages reprennent le fil de leur conversation comme si de rien n’était alors que tout à changer pendant ce bref instant. Le kabuki ne s’efforce pas de suivre la continuité de l’histoire, il se focalise surtout sur ces moments cruciaux, là où tout s’arrête et tout recommence.

Cet instant est profondément ancré dans le manga, les déformations expressionnistes du corps ou du visage, ou de longues pauses temporelles, retraduit celui du Kabuki ; ce moment où tout change sur un détail et où tout recommence ensuite.

Le succès des mangas en occident n’est pas sans rappeler celui que les estampes japonaises avaient rencontré dans les années 1860. De cette grande mode des Japonaiseries naîtra une grande influence sur les Impressionnistes, le Fauvisme et de manière plus lointaine, les Nabis.

Toutes ces écoles sont nées, en partie, de part la leçon nippone avec ces explosions de couleurs chatoyantes. Cette première impulsion conduira l’occident à s’intéresser à la culture nippone dans sa globalité.

Le manga vient d’une civilisation de l’image de part son écriture qui est composée de caractères, des signes graphiques liés au monde de la représentation. La religion Bouddhiste n’est pas, non plus, étrangère à la narration picturale, et on trouve des tableaux de procession ou des toiles faites comme de véritables scénarii (Histoire de Banasura, fils de Bali, 1975, au musée Guimet à Paris).

Le Japon s’est donc retrouvé très certainement privilégié, au carrefour de nombreuses influences, autant orientales, qu’occidentales, en les mariant, il a su créer un art encore inégalé, envié, adulé par les occidentaux, qui reprend ses propres valeurs fondamentales tout en arrivant à les communiquer et à les transmettre à des non initiés à sa culture.

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