Comme tu le dis Symmaque, ça fait froid dans le dos... Même si on devine facilement qu'il s'agit d'une déclaration d'un coco radical, c'est une phrase que pourrait avoir prononcé n'importe quel extrêmiste de tout poil. Ce qui est effrayant, c'est cette conviction absolue d'avoir accès à une vérité unique qui justifie tous les revirements.
Ce qui est effrayant, c'est l'abandon aveugle à une idée, à une cause sans remise en question possible, sans même avoir une once de doute, ni même imaginer qu'il puisse exister une autre alternative, d'autres points de vue, d'autres manières de percevoir les choses. Puis rien que dans le vocabulaire employé, on peut noter le caractère manichéen, basique de la pensée de son auteur: en passant de "noir" à "blanc". Sans compter qu'il s'agit de mettre l'individu au service de la communauté, très peu pour moi lol.
Ce qui est intéressant sur le plan de la rhétorique, c'est que l'auteur exhorte les futurs membres du parti à suivre son exemple en se posant comme une sorte d'élu, qui aurait vu la lumière lol et qui chercherait à éclairer ses semblables. Il s'érige en exemple (au même titre qu'un gourou). Pour convaincre et faire avaler la pilule, il dit s'infliger le même traitement qu'il compte réserver à ses ouailles lol: lavage de cerveau, en prétextant un conditionnement volontaire. "Regardez, moi je le fais, donc vous pouvez le faire en toute confiance." C'est une manière douce d'imposer sa loi, son autorité.
C'est un totalitarisme déguisée en liberté de conscience. En gros, vous faites le choix de ne plus avoir le choix lol. Il fait mine d'appeler à l'individualité en exhortant au choix et en parlant de volonté propre (cf le vocabulaire). Mais, au final, il s'agit d'une négation pure et simple de l'individualité. Il exhorte au choix de la différence, mais, si on regarde bien, c'est un déni de la différence. L'auteur joue sur les contradictions pour mieux perdre son lecteur ou son auditoire (s'il s'est agit d'un discours à un moment ou à un autre).
Par la rhétorique encore, l'auteur présente les membres du Parti comme des êtres exceptionnels, avec une force d'âme, un sens du sacrifice qui étaient des valeurs qui forçaient sans doute l'admiration dans le contexte où le texte a été écrit. Ils sont montrés comme des êtres "différents", quasiment comme une élite. Ainsi, par leur témérité, ils seraient capables de remettre en cause leurs valeurs de façon radicale, à force de "volonté" et d'"effort". De plus, ils pourraient "rendre possible l'impossible". On est totalement dans l'absolu, dans l'idéal, dans l'utopie.
De mettre en avant le caractère exceptionnel des membres du Parti est une manière de flatter pour mieux soumettre quelque part. Car c'est bien de soumission qu'il s'agit car il faut être prêt à sacrifier au minimum ses conceptions des choses et ses valeurs au nom du groupe, et de renoncer, de nier son individualité. Le groupe passe avant soi, et on peut en déduire les extrémités auxquelles ça peut mener, et ça a mené dans le cas du communisme auquel est lié le texte.
Graymalkin
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Some see things as they are and ask "why?" I choose to see things as they never were and ask "why not?" G.B.Shaw