J' y suis finalement allé avec ma mère et ma soeur. L'expo bellmer était terriblement érotique! Waah les dessins!!!! Très fins, des petits formats la plupart du temps, du crayon réhaussé de blanc... J'aurais bien pris le bouquin mais a 40E ca fait un peu cher... Jvais aller à la pêche aux images sur le net. En attendant voila un article intéressant.
Le désir est toujours monstrueux.
Mais c’est toujours la douce torture.Bellmer a de Dürer la souplesse de la pointe d’acier, le goût des sillons accouplés, de ces caresses de métal qui s’accompagnent longtemps ; même les béances en deviennent délicates. De Dürer aussi l’inquiétude, plus chaleureuse chez le vieux maître de Nürnberg, et plus glaçante chez le silésien Bellmer : l’EST! Le corps, même décharné, n’est cependant jamais déchet, toujours chantier en action, avec l’ineffable grâce surannée de quelque gravure de mode de 1900 passée par l’encéphale malade d’un illusionniste sans public ; il n’est jamais démonstratif. Parfois cru, mais sauvé par la grâce et la franchise de l’absence de message clair. Pas le prêchi-prêcha d’un érotisme sévère, mais la libre circulation des formes fluides, passant sans préférence ni décision de la sensualité affolante aux fascinants écœurements.
La femme, sans cesse retournée, reste sans fin, sans but ; on la quadrille en danseuse, on la courbe de niveau, on la tort de vice, on la visse de formes, on la maquille, la tatoue de filets finement crochetés, pour la musique de la ligne recourbée à l’infini, tantôt pure et solitaire, tantôt profuse jusqu’à la confusion. Elle tourne, vice sans fin. Le plus grand mystère de son œuvre est de comprendre comment il parvient à toujours éviter la joliesse, le pur jeu formel. Peut-être parce qu’il tourne autour de l’essentiel ; ni l’angoisse n’est tapageuse, ni la grâce muette.
L’entrelacs strie sans rider, la forme accueille sans flatter,
les verges explorent sans déflorer, la gourmandise sans ostentation, la tentation sans corset, l’érotisme sans cliché, et sans rien épargner. Une croupe peut y être explosée, déshabillée jusqu’à l’os, jusqu’au fœtus. Pas plus de provocation en cela que dans les anatomies de Vinci, et le même plaisir de la ligne souple (mais pas doucereuse) qui sinue en amibe, en auréole, vulve ou accolade, l’interprétation se perd, ou plutôt ne se fixe pas.
La liberté est donc totale ; on entend un œuf en desserrant les fesses, boutons et poils y sont perles et plumes, becs et pines avalements, mol aplatissement de col de fémur sur fesses asymétriques. Le trou noir, décalé, est-il entrée ou sortie ? Les oreilles, feuilles de chou ou ailes de chauve-souris ? Le gland fendu est souvent vulve, on nage dans l’androgyne, la fusion primitive vue au microscope. Les yeux cernés de culs louchent sur un nez qui s’auto-pénètre. Les fillettes jouent à un touche-pipi morbide dans la bouche ravagée du cyclope, des squelettes se déhanchent lascivement, fémur-pénis, l’œil dans la tombe de chair regarde en coin la mort qui serre son bébé contre l’os jugal.
Avec la série de gravures “à Sade”,
l’essence se résume, les excavations se multiplient, les gamines (?) s’y échangent leurs pines velues, jusqu’au monstre s’auto-fécondant en une tectonique de plaques niquantes - veineux et vénéneux - utérus urticant - couilles fouilles, poche boche, loche et roche - éros. Bellmer tire ces gravures l’une sur l’autre, en deux couleurs, comme pour mieux surligner la gémellité des sexes, la fusion partouzante du double dimorphique, l’immanente sarabande d’orifices aux pavillons fleuris et de bites plissées, auréolées d’aisselles moussues. Suspendue au cintre du ventre, une très belle main (Dürer, belle dure-mère...) violette glisse un index décisif en une poche spermatique, on coule au pays des escargots. Mais la finalité du colimaçon est une supernova velue qui avale les désirants. Parfois un décor de parquet froissé, escarpin cambré, un pantalon fouillé, une chevelure habitée, deux chaises se gamahuchant, un porche, en miroir aux cuisses écartelées, et un escalier grimpé par deux plantes de pied.
Le “Petit traité de morale”
enfonce le bouchon au plus profond. Ces dix gravures bichromes sont ses “120 journées” à lui. Tout s’y con-centre, con- danse, cul-bute, l’univers se referme, fusion nucléaire des ages, des genres, des envies de sentir, savoir, couler, tordre, enfiler, inverser, enfanter, mourir, recevoir, déverser, pleurer de sperme dans le nombril d’un cul, et cette femme sourit : elle a deux trous noirs au côté droit.
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Ton devoir est de ne jamais te consumer dans le sacrifice. Ton devoir réel est de sauver ton rêve.